Le 28 mars 2017, une conférence de Monsieur Habib Kazdaghli "Les minorités tunisiennes entre le souvenir et l'oubli" s’est tenue à la bibliothèque diocésaine de Tunis  organisée par le Chroniqueur et l’écrivain Hatem Bourial;  personnalité bien connue du monde de la culture et de la presse, pour cette nouvelle rencontre du cycle "Transversales". En présence des grands chercheurs comme le père blanc Jean Fontaine, qui a écrit une série d'ouvrages sur la littérature arabe et tunisienne en particulier…

L’historien et le professeur d'Histoire contemporaine, Habib Kazdaghli est doyen de la Faculté des Lettres, des Arts et des Humanités à la Manouba. Ses axes de recherche portent sur l’histoire contemporaine de la Tunisie et du Maghreb, l’histoire du mouvement communiste, l’histoire des communautés et des minorités en Tunisie et l’histoire du tourisme au cours de la période coloniale.  Il anime l’axe sur les relations entre Histoire et mémoire des communautés, mémoire des lieux, au sein du laboratoire de recherche sur le patrimonial pluriel de la Tunisie que dirige le professeur Samira Sehili.

« L’historien doit critiquer le passé, il y’a des moments de doute, il faut travailler aujourd’hui pour servir l’avenir ». Affirme Monsieur Kazdaghli.

Notre historien a montré qu’il y’a identité de l’unicité et identité plurielle, comme il a dit  l’écrivain franco-libanais Amine  Maalouf: « toutes les époques, il s’est trouvé des gens pour considérer qu’il y avait une seule appartenance majeure, tellement supérieure aux autres en toutes circonstances qu’on pouvait légitimement appeler « identité ». Pour les uns, la nation, pour d’autres la religion, ou la classe. Mais il suffit de promener son regard sur les différents conflits qui se déroulent à travers le monde pour se rendre compte qu’aucune appartenance ne prévaut de manière absolue. Là où les gens se sentent menacés dans leur foi, c’est l’appartenance religieuse qui semble résumer leur identité entière. Mais si c’est leur langue maternelle et leur groupe ethnique qui sont menacés, alors ils se battent farouchement contre leurs propres coreligionnaires ». (Les identités meurtières)

Au cours de cette conférence, Monsieur Kazdaghli a exposé le texte de Muhammad BayramV intellectuel et universitaire tunisien (1840-1889), de son livre « Safwat al-ibar bi mustawada al-amsar  wal-aqtar », dont a  révélé qu’ en Tunisie cohabitaient et s’y mêlaient des populations aux origines et aux langues diverses : arabes, juifs, berbères, chrétiens…

D'ailleurs, l'historien Ibn Abi Dhiaf (1804-1874) a évoqué les Juifs tunisiens comme des « frères dans la patrie ».

En outre, le professeur Kazdaghli a exposé des photos de plus beaux monuments historiques en Tunisie tels que: l'église orthodoxe Saint-Georges de Tunis, édifiée par la communauté grecque de Tunis sur l'emplacement d'un ancien cimetière chrétien, les autorités beylicales accordaient aux Grecs une place privilégiée, surtout lorsqu'il s'agit de dispositions relatives à l'exercice du culte. C'est dans ce contexte qu'un terrain fut vendu par enzelk à la fin de 1863 par Mohamed-Sadok Bey (1859-1882), opération faite par l'entremise de son ministre Mustafa Khaznadar. Cette nouvelle acquisition par la communauté grecque de Tunis, se fera sous la forme d'une transaction entre le bey et un représentant des Grecs Elia Manidachi, en vue d'agrandir le cimetière et d'ériger une église orthodoxe. ( Voir,  Communautés méditerranéennes de Tunisie. Les Grecs de Tunisie : du Millet-i-rum à l'assimilation française (XVIIe-XXe siècles)- Habib Kazdaghli).

En plus, il ne faut pas oublier El-Hara, la légende attribuait la présence des Juifs au rôle joué par Sidi Mehrez qui était, historiquement, l’homme qui a participé à la reconstruction de la ville deTunis (reconstruction des souks proches de sa zaouïa). Pour  atteindre son but, il fallait permettre aux Juifs d’habiter dans la ville. 

Parmis les autres monuments où il y’a le syncrétisme artistique et culturel on peut citer le thèatre italien à Tunis (lieu de rencontre de différentes cultures), la Place Bab- Suika, qui représente le mélange entre l’art de pays et l’art moderne.

La Tunisie a été un carrefour de civilisations , sa culture est l’héritage de quelque 3 000 ans d’histoire, témoignage d’un pays qui, par sa position géographique en plein bassin méditerranéen, a été au cœur du mouvement d’expansion des grandes civilisations du Mare Nostrum et des principales religions monothéistes.

 La culture de la Tunisie  est la synthèse des différentes cultures amazighe, punique, romaine, juive, chrétienne, arabe, musulmane, turque et française, qu’elle a intégrées à des degrés divers, ainsi que l’influence des dynasties successives qui ont régné le pays.  Comme  a dit le professeur Kazdaghli : « La minorité c’est la source de grandeur de la majorité, et les minorités font partie de l’histoire de la Tunisie ».

 

            Photo publiée par la Bibliothèque diocésaine de Tunis